Projet de loi asile-immigration : la position de la Ligue de l'Enseignement

Alors que l’examen du projet de loi dit « asile-immigrations » débute à l’Assemblée nationale, la Ligue de l’enseignement exprime son opposition à une politique de suspicion, voire de répression à l’endroit des migrants et demandeurs d’asile, et rappelle combien notre pays s’est enrichi des apports successifs des migrations au cours de son histoire.

 

Dans un monde de plus en plus ouvert, chacun sait que les migrations de tous ordres ne feront demain que s’amplifier et viendront grossir les flux des personnes cherchant refuge et protection.

 

Si cette question migratoire interpelle d’abord l’histoire humaniste de notre pays, elle percute également notre volonté d’égalité : elle est un défi social et politique majeur qui interroge la laïcité, le vivre ensemble et les valeurs républicaines de solidarité et de fraternité pour lesquelles la Ligue de l’enseignement combat depuis plus de 150 ans.

 

En tout premier lieu, à la veille de son examen par l’Assemblée nationale, la Ligue de l’enseignement s’associe aux nombreuses associations, fondations, collectifs mais aussi aux citoyens mobilisés pour accueillir et accompagner les personnes en danger ou en souffrance qui se réfugient en France, pour souligner que le projet de loi « Pour une immigration maîtrisée et un droit d’asile effectif », dit « asile-immigrations », ne réunit pas aujourd’hui les conditions minimales de garanties des droits des migrants.

 

Dans ce cadre, la Ligue de l’enseignement demande notamment :

 

  • la mise en œuvre des moyens nécessaires à l’accueil (hébergement et accompagnement) des mineurs non accompagnés, ainsi que l’interdiction de la rétention des mineurs (le recours à la notion de vulnérabilité étant insuffisamment protectrice, car bien trop subjective) ;
  • la réduction des délais de rétention (que les amendements adoptés en commission à l’Assemblée nationale ont certes réduit à 90 jours, mais même sur cette nouvelle base ce délai reste inacceptable car il double encore celui de 45 jours actuellement en vigueur, sans faire la preuve d’une quelconque efficacité) ;
  • la suppression de la réduction des délais de recours à la Cour nationale du droit d’asile, ne garantissant pas l’effectivité du droit à faire appel ;
  • la remise en question du règlement Dublin, système inefficace et inhumain de gestion des flux de demandes d’asile en Europe.

 

Par ailleurs, la Ligue de l’enseignement dénonce l’incapacité entretenue de débattre au fond des causes et des conséquences des migrations. À elle seule, cette situation justifie la mobilisation de la société civile pour construire des réponses dignes des valeurs inscrites au fronton de notre République.

 

Force est de constater que la mondialisation du libéralisme économique, qui implique l’ouverture massive des marchés et se traduit par une répartition des richesses chaque jour plus inéquitable, est l’une des cause qui suscite  la crainte du déclassement et de l’exclusion, particulièrement pour les classes populaires. Cette situation est l’une des causes du phénomène de « repli sur soi » et de « rejet de l’autre », de l’étranger, observée dans la plupart des pays d’Europe.

 

Le discours gouvernemental actuel ne fait malheureusement que renforcer, par les mots utilisés, la perception d’une France « submergée » par d’hypothétiques vagues migratoires, masquant une réalité beaucoup plus troublante : la France a jusqu’alors seulement été incapable de s’organiser pour accueillir dignement les personnes cherchant refuge dans notre pays. Rappelons la réalité : en 2017, 14 % des demandes d’asile déposées dans les pays de l’Union européenne l’ont été en France, 5 % au Royaume-Uni ou en Espagne, 9 % en Grèce, 20 % en Italie et 31 % en Allemagne (198 000 demandes).

 

C’est pourquoi, face au discours justifiant une politique migratoire ferme, voire dans certains cas répressive, dans le seul but de « sauver le droit d’asile », la Ligue de l’enseignement rappelle avec force que les migrations ont contribué à faire et font encore aujourd’hui, la richesse de notre pays. 

 

Mouvement d’éducation populaire qui pense, qui dit et qui agit, la Ligue de l’enseignement, ses fédérations, associations et adhérents contribue aux très nombreuses actions conduites sur le terrain par des citoyens, des associations, des entreprises, des collectivités locales, qui au quotidien, accueillent, accompagnent, intègrent les migrants.

 

Elle appelle le gouvernement et le Parlement à reconnaître, à  faire connaître et à soutenir la mobilisation citoyenne notamment par :

 

  • la suppression en droit du « délit de solidarité »,
  • l’autorisation d’accès au travail et à l’engagement citoyen (service civique, réserve citoyenne) pour les demandeurs d’asile,
  • le financement des actions permettant l’éducation des citoyens sur les questions migratoires et les projets interculturels et de promotion de la laïcité.

 

Déclaration adoptée à l’unanimité par le Conseil d’administration réuni à Paris, le 12 avril 2018.

 


Lettre ouverte au Président de la République sur ce qu'est et n'est pas la laïcité

par Jean-Paul SCOT, historien, invité du Mai du Livre 2015

 

 

C’est en toute connaissance de cause que vous avez répondu avec solennité à l’invitation inédite que vous avez reçue de la Conférence des évêques de France. Vous venez ainsi de confirmer avec éclat toutes vos interventions précédentes devant ceux que vous qualifiez de « représentants des autres religions » quand bien même « la République ne reconnaît aucun culte » comme institution publique depuis la loi de 1905. Permettez que j’use librement de ma liberté d’analyse et que je décrypte votre long discours pour en révéler tout le sens caché qui n’a pu échapper qu’aux lecteurs trop pressés.

 

Aux évêques qui vous demandaient un « dialogue permanent » vous avez répondu d’emblée que vous partagiez avec eux « le sentiment que le lien entre l’Eglise et l’Etat s’est abimé et qu’il vous importe à vous et à moi de le réparer ».

 

 

Pourquoi affirmer d’emblée un « lien » entre l’Eglise et l’Etat ?

 

La séparation entre les religions et l’Etat instituée par la loi de 1905 exige que tous les fonctionnaires, et d’abord le premier d’entre eux, vous-même, soient tenus non seulement au devoir de réserve mais plus encore à la neutralité laïque afin de respecter l’égalité de droits de tous les citoyens et citoyennes aux opinions religieuses ou philosophiques si diverses. Vous aviez déjà rejeté ce principe de neutralité laïque en arguant que « d’après la loi de 1905, c’est la République qui est laïque, pas la société ». Certes la société rassemble des personnes fort diverses par leurs origines, leurs cultures, leurs religions, leurs philosophies, et chaque individu peut penser et agir selon sa liberté de conscience comme le garantit la République. Mais vous ne pouvez ignorer qu’il n’y a pas de société démocratique et de vie collective qui ne repose sur les principes de liberté et d’égalité, et que la laïcité, définie par ces principes, est la condition du respect mutuel de tous dans le respect mutuel de chacun. A titre privé vous êtes libre de vous déclarer laïque ou pas laïque, catholique ou mécréant, mais pas en tant que Président de la République ! sauf à déroger au devoir de votre fonction !

 

 

En quoi ce « lien » se serait-il « abimé » ?

 

Vous déplorez comme les évêques que « ce pays de France ne ménage pas sa défiance à l’égard des religions » et que le catholicisme soit devenue « une minorité militante contrariant l’unanimité républicaine ». Mais en quoi l’Etat serait-il responsable de la désaffection des églises et de la sécularisation d’une société où les incroyants et agnostiques sont aujourd’hui majoritaires ? Que je sache depuis 1958 la République s’est montrée bonne fille à l’égard de l’Eglise en finançant à parité les églises confessionnelles, en leur conférant même la mission de service public, en leur accordant toujours plus de privilèges tout en les dispensant des charges de l’enseignement public. En 1996, la Conférence des évêques, rappelez-vous, se félicitait des « concessions » de l’Etat à la « laïcité publique » et reconnaissait « le caractère positif de la laïcité […] non pas telle qu’elle a été à l’origine, mais telle qu’elle est devenue ». Que veulent de plus aujourd’hui les évêques de France ?

 

Pour vous, les tensions actuelles ne seraient pas « le fruit d’une décision de l’Eglise » mais « le résultat de plusieurs années pendant lesquelles les politiques ont profondément méconnu les catholiques de France » et « ont trouvé toutes les raisons de ne pas écouter les catholiques ». Aurait-il fallu pour que « les inquiétudes des catholiques » soient entendues que les dogmes de l’Eglise demeurent la norme publique niant ainsi la liberté des femmes à disposer de leur corps et l’égalité des droits des homosexuels ? Admettez que ce sont des mouvements se réclamant du catholicisme, avec souvent le soutien direct du clergé et de certains évêques, qui ont instrumentalisé la foi religieuse pour s’opposer dans la rue aux lois de bioéthique et sur le mariage pour tous. Leur droit de manifester a été respecté et les lois votées n’ont jamais été imposées de force à ceux qui n’en partagent pas l’éthique, pourvu qu’ils respectent la liberté et l’égalité des autres. Pourquoi voudriez-vous encore bloquer les recherches sur les cellules souches et interdire demain le suicide assisté puisque vous, catholiques, resterez absolument libre de vivre, d’aimer et de mourir comme vous l’entendez !

 

Pour « réparer » ce « lien abimé » il n’est, dites-vous, « pas d’autre moyen qu’un dialogue en vérité ». Mais, au préalable, un gage de bonne volonté de l’Etat vous semble nécessaire puisque vous vous engagez à accroitre encore la place des « représentants » es qualité des religions dans le Conseil national d’éthique sous prétexte d’« enrichir » les débats !

 

 

Dialogue entre qui et qui ?

 

Dialogue avec l’Eglise de France que vous reconnaissez comme une « institution », une « autorité » et même une « juridiction » ! Que je sache l’Eglise catholique n’est plus depuis la loi de 1905 un « établissement public du culte », plus une « institution de droit public » comme elle le fut sous le régime concordataire des cultes reconnus de 1802 à 1905. Elle est un organisme de droit privé à but non lucratif comme toutes les autres associations, partis ou syndicats. Que je sache le droit canon ne s’applique qu’aux clercs, soumis par ailleurs au droit commun que l’Eglise a bien du mal à admettre dans les affaires de pédophilie ! Voudriez-vous lui conférer un statut d’« institution » spécifique ou lui reconnaitre une « autorité » privilégiée ?

 

Vous citez quarante fois l’Eglise, et cinq fois la papauté, mais seulement quinze fois les « catholiques » : vous vous adressez bien plus au haut clergé qu’aux fidèles contrairement à ce qu’affirme l’éditorial du Monde. Alors que la République ne connait que des citoyens et des citoyennes dans la diversité de leurs opinions et de leurs pratiques, vous voulez que l’Etat entretienne un dialogue privilégié, comme exigé par les papes Jean-Paul et Benoit XVI, avec une hiérarchie de clercs auto-investis et sensés représenter des croyants. Au profit d’un néo-cléricalisme conquérant et au péril de la laïcité de l’Etat ! Sachez cependant que Ferdinand Buisson, un des pères de la loi de 1905, précisait en 1904 que « la laïcité consiste à séparer les Eglises de l’Etat, non pas sous la forme d’une partage d’attributions entre deux puissances traitant d’égal à égal, mais en garantissant aux opinions religieuses les mêmes libertés qu’à toutes les opinions. »

 

Dialogue avec l’Etat laïque dont vous vous dites le « chef » même si l’Etat ne se réduit pas à votre personne. Vous êtes soumis, ne l’oubliez pas, au respect de la Constitution et des institutions. Mais vous préférez vous présenter comme « chef de l’Etat » plutôt que comme « président de la République ». « Je suis, dites-vous, comme chef de l’Etat, garant de la liberté de croire et de ne pas croire ». Vous répétez à la fin de votre discours que vous assurerez à tous vos « concitoyens » « la liberté absolue de croire comme de ne pas croire » mais que vous leur demanderez de « toujours respecter absolument et cela sans compromis aucun les lois de la République ». Cela suffit pour que le ministre de l’intérieur et nombre d’éditorialistes du Figaro à Libération vous accordent avec légèreté un brevet en laïcité.

 

Je ferais deux objections.
1°) Vous vous défendez d’être « le promoteur d’une religion d’Etat substituant à la transcendance divine un credo républicain ». Mais la laïcité n’a jamais été en France une religion civile ni une hostilité à la croyance religieuse, car elle a été fondée sur les principes des droits naturels des êtres humains auxquels vous ne vous référez jamais dans ce discours alors que vous ne cessez de rappeler les « devoirs de l’homme » et de vous réclamez de la « transcendance divine ».
2°) Vous définissez la laïcité comme « une règle d’airain pour notre vie ensemble qui ne souffre aucun compromis, une liberté de conscience absolue et cette liberté spirituelle que je viens d’évoquer ». Curieuse façon de compléter la liberté de conscience assurée par la République par votre conception particulière de la « liberté spirituelle ». Pensez-vous qu’il n’y a de spiritualité que religieuse ? Pensez-vous que la République ne se fonde pas sur des principes idéaux ? Voulez-vous dire qu’il faut réconcilier les « droits de l’homme » et les « devoirs envers Dieu » ? Vous invoquer la liberté de religion et d’expression mais jamais l’égalité des droits entre croyants, agnostiques et athées, et jamais la devise républicaine ! Ferdinand Buisson écrivait pourtant que « l’Etat laïque et souverain doit être neutre entre tous les cultes, indépendant de tous les clergés, dégagé de toute conception théologique. »

 

 

Un « dialogue permanent » légitimé par quoi ?

 

« Ce dialogue est indispensable, et si je devais résumer mon point de vue je dirais qu’une Eglise prétendant se désintéresser des questions temporelles n’irait pas au bout de sa mission, et qu’un président de la République prétendant se désintéresser de l’Eglise et des catholiques manquerait à son devoir. » Bafouant ouvertement le principe de séparation, vous présentez l’Eglise et l’Etat comme des partenaires et des alliés suivant un « chemin commun » bien que relevant de « deux ordres institutionnels différents »

 

Sous prétexte de fonder un « monde nouveau », vous ne faites que reprendre les schémas de la plus traditionnelle théologie thomiste et jésuite : l’Eglise et l’Etat appartiennent à deux ordres spécifiques car la première, dépositaire de la vérité du Christ et affirmant la transcendance de l’homme, dispose du pouvoir spirituel, de la potestas divine, alors que le second, d’ordre séculier, n’a reçu que le pouvoir temporel, l’auctoritas politique. Les deux pouvoirs sont distincts, autonomes, mais pas séparés, car ils ont la même finalité, assurer le salut des croyants. L’Eglise doit se soucier des choses temporelles et les catholiques doivent témoigner de leur foi par leur charité et leur humilité. Mais l’Etat bien qu’autonome doit servir les orientations spirituelles de l’Eglise. Je n’extrapole pas : vous justifiez « la nécessité de ce dialogue car nous vivons chacun dans notre ordre à des fins communes qui sont la dignité et le sens ». La distinction entre les pouvoirs spirituel et temporel relève du langage d’Eglise et n’est en rien synonyme de la laïcité qui est un principe juridique et politique fondant la société sur les principes de liberté et d’égalité de tous les êtres humains.

 

Vous êtes plus qu’à l’écoute de « la voix de l’Eglise », vous l’avez adoptée : « nous l’écoutons avec intérêt, avec respect et même nous pouvons faire nôtre nombre de ses points. » Certes, vous déclarez aussitôt qu’à l’égard de l’Etat cette voix « ne peut être injonctive », mais qu’elle peut être « questionnante ». Philippe le Bel et Louis XIV l’avaient déjà fait déclarer par leurs légistes définissant les « libertés gallicanes ». Rien de nouveau comme le révèle votre conception des rapports entre l’Eglise et la nation dans l’histoire !

 

 

Un dialogue pour « réparer » ?

 

Un historien ne peut que s’étonner de ce verbe « réparer » : la « réparation » appartient au vocabulaire des prélats catholiques depuis la Contre-Réforme et plus encore des papes ayant condamné comme « diaboliques » les idéaux de 1789, mais aussi des opposants les plus acharnés à la loi de séparation des Eglises et de l’Etat et à la suppression du budget des cultes en 1905.

 

Je ne vous soupçonne pas de vouloir réactiver tout le conflit entre l’Eglise catholique et la France mais je ne peux que m’interroger sur votre affirmation « des liens les plus indestructibles entre la nation française et le catholicisme » depuis les temps les plus anciens jusqu’aux tragédies les plus récentes. Sous la monarchie de droit divin, ce « lien » entre l’Eglise catholique et l’Etat confessionnel était « consacré » et le roi « sacré » ; mais on ne parlait encore que de « nation picarde » ou « provençale », pas encore de « nation française ». C’est en juillet 1789 que la « Nation française » est enfin définie comme « la personne juridique composée par l’ensemble des individus composant l’Etat » au moment où elle est proclamée souveraine, suite à l’abolition du lien organique entre l’Eglise et la monarchie de droit divin. Sachez qu’en 1789 et 1790 l’Assemblée constituante a refusé que le catholicisme reçoive le statut de « religion d’Etat », ou de « religion de la nation » et pas même de « culte reconnu ». La séparation entre l’Eglise et l’Etat vient de loin !

 

Vous semblez ignorer en effet que la Nation française s’est constituée en dépit de l’hostilité de l’Eglise catholique aux idéaux de 1789, que celle-ci a béni la Restauration monarchique en 1815, appuyé le parti de l’Ordre en 1851 et conspiré entre 1898 et 1906 contre la République comme les archives du Vatican le prouvent. La « part catholique de la France » est bien peu républicaine et « la sagesse de l’Eglise » n’a guère « enrichi » la nation, même si l’Eglise a fini par accepter le régime républicain pour ne pas perdre plus encore de catholiques ralliés à la démocratie.

 

Vous ne faites allusion aux catholiques « résistants de 1940 » que pour faire oublier « la divine surprise » que l’Eglise de France a éprouvé en se ralliant au régime de l’Etat français de Vichy. Et puisque vous invoquez le général De Gaulle, sachez qu’il exigea du Vatican une épuration radicale de l’épiscopat français sans obtenir vraiment gain de cause en 1945. Sachez encore qu’à une délégation des cardinaux et du nonce apostolique venus lui demander en 1958 de supprimer l’épithète « laïque » de l’article 1er de la Constitution il répondit : « Nous pouvons penser que la France est catholique par son histoire, mais la République est laïque ». Ce qui ne l’empêcha pas d’accorder un an après la loi Debré pour sauver l’enseignement confessionnel. Même s’il avait été élève comme vous des jésuites, il connaissait mieux que vous l’histoire de la France et ne demanda jamais aux catholiques de s’engager en tant que catholiques.

 

 

Un dialogue pour « engager » les catholiques « en politique »  ?

 

Vous demandez aux catholiques de faire « don de leur engagement ». Vous les incitez ouvertement à passer de l’engagement caritatif et associatif à un « engagement politique profond pour notre pays et pour l’Europe » afin qu’ils aient « une voix sur la scène politique nationale et européenne. ». Que vous vouliez les arracher à l’emprise du Front National et des Républicains est de bonne guerre mais ne légitime en rien l’appel que vous leur lancer pour rallier « En marche » sous prétexte que la précédente Conférence des évêques ai appelé fin 2016 à « retrouver le sens du politique ». Non content d’appeler à une résurgence de la démocratie-chrétienne, vous traiter les catholiques français comme une « communauté » homogène assignée à leur religion en faisant fi de leur liberté d’engagement personnel.

 

Pire encore, vous invitez l’Eglise à se mettre au service de l’Etat et à « initier, entretenir et renforcer le libre dialogue avec l’islam», à prendre la tête du « dialogue interconfessionnel » et à repenser « la relation entre religions, société et puissance publique ». Vous lui reconnaissez même une place centrale dans la refondation de toute la société car « elle sait guider les plus fervents comme les non-baptisés, les établis comme les exclus » et qu’elle partage avec la Nation française la « capacité à penser les universels ». Vous instituez le catholicisme comme le tuteur de toutes les religions et des non-croyants.

 

Ce faisant vous bafouez ouvertement la fonction que la nation souveraine vous a confiée. Ainsi vous justifiez le souci particulier que vous accordez prioritairement aux catholiques et à l’Eglise de France par « une exigence chrétienne importée dans le champ laïc de la politique ». Vous prétendez agir ainsi « d’un point de vue de chef d’Etat, d’un point de vue laïc ». Mais ici la sémantique vous piège et vous dévoile tel que vous êtes vraiment : vous vous dites « laïc » et non pas « laïque » : le vieil adjectif « laïc » relève du vocabulaire ecclésiastique et désigne le chrétien non consacré au service du clergé. Est « laïc » dit Le Littré, qui n’est ni ecclésiastique ni religieux », qui n’est pas membre du clergé mais qui y est soumis. Par contre, être « laïque », c’est depuis la Révolution française être au service du « laos », du peuple uni tout entier dans le respect de la diversité de toute la société.  Les deux adjectifs, communément confondus par les journalistes, ne sont pas synonymes ou équivalents, ils sont différents et même contradictoires !

 

Vous vous comportez plus en « fils aîné de l’Eglise » qu’en Président de la République. Vous aviez déjà dénoncé une « radicalisation de la laïcité » que l’Eglise qualifie de « laïcisme ». Vous avez déjà déclaré que « la laïcité ce n’est pas la négation des religions, c’est la capacité à les faire dialoguer dans un dialogue permanent ». La laïcité n’est certes pas l’athéisme, mais ce n’est pas non plus l’oecuménisme, ni même l’égalité de traitements des religions.

 

Vous venez d’illustrer ce qu’est en réalité la dite « laïcité de reconnaissance », la dite « laïcité de collaboration » entre Eglise et Etat prônée par tous les champions d’une « laïcité ouverte », « positive » et « européenne ». Vous venez de démasquer la « laïcité apaisée ». En fait, vous instrumentalisez votre foi et celle des catholiques pour justifier votre politique au service du libéralisme et du capitalisme. Vous prônez un néo-cléricalisme qui devrait être le complément d’âme à un monde sans âme.

 

 

Jean-Paul SCOT, historien, auteur de « l’Etat chez lui, l’Eglise chez elle ». Comprendre la loi de 1905, Paris, Points Histoire, Seuil, 2005 et 2015, 408 p.

 


Une étude universitaire conclut que les écoles privées n'enseignent pas mieux que les écoles publiques

Par Hadrien Mathoux

 

Une étude universitaire s'est intéressée aux résultats obtenus par les élèves français entre le CP et le CE2. Les conclusions remettent en cause de tenaces préjugés : l'avance de l'école privée sur le public s'explique uniquement par l'écart de classe sociale entre les élèves, et les élèves du privé ne progressent pas plus que leurs homologues.

 

Si vous avez déjà discuté avec un parent ayant scolarisé sa progéniture dans le privé, vous avez sans doute déjà entendu cet argument : la qualité de l'enseignement y serait supérieure à celle pratiquée dans les établissements publics. Une justification choc, et, disons-le, nettement plus facile à assumer que le désir d'entre- soi... Mais aussi un argument faux, d'après une étude publiée en décembre dernier dans la revue Education & Formations, et dénichée par un professeur tenant un blog sur France info : les meilleurs résultats de l'école privée s'expliqueraient uniquement par le milieu social plus favorisé dont proviennent ses élèves.

 

Pour mener leur travail, les universitaires* ont étudié les résultats scolaires obtenus par des milliers d'élèves du public et du privé, entre le CP et le CE2. Ils ont tout d'abord constaté un écart de niveau aux tests de français et de mathématiques, constaté dès l'entrée en CP : les jeunes élèves du privé obtiennent un score global de bonnes réponses (74%) supérieur de 2,3% à celui des enfants du public (71,7%). Deux ans plus tard, à l'entrée en CE2, l'écart entre public et privé n'est pas modifié, il a même diminué en mathématiques, passant à 1,2%. Première conclusion tirée par les auteurs : le mode d'enseignement pratiqué dans le privé en France n'a pas conduit à une augmentation de l'écart avec les élèves du public. Selon les auteurs, ces résultats "contredisent certaines idées préconçues (…) selon lesquelles le secteur privé serait favorable aux élèves ayant des difficultés scolaires ou issus de milieux sociaux modestes ou défavorisés".

 

Pas d'écart de niveau si on élimine le facteur sociologique

 

D'autant que ces fameux élèves de milieux modestes sont beaucoup moins nombreux dans le privé ! A ce titre, les conclusions de l'étude sont implacables : "36 % des élèves entrés au CP en 2011 dans une école privée ont un père de milieu social très favorisé contre 17 % des élèves dans une école publique". Il y a deux fois plus d'enfants de chef d'entreprise et de professions libérales dans le privé que dans le public ; davantage d'enfants de cadres. Il y a également deux fois moins d'enfants dont la mère n'a pas de diplôme, d'élèves ayant au moins un parent immigré, ou issus d'une famille monoparentale. Mises bout à bout, ces différences sociologiques pèsent très lourd : les experts ont neutralisé ces facteurs dans leur estimation de la différence de résultats scolaires, et ont conclu que l'écart « disparait si on tient compte du niveau scolaire et social en moyenne plus élevé des élèves scolarisés dans le privé. Il peut alors même s’inverser et faire apparaitre un avantage apparent pour les élèves du public ». Non seulement les pédagogies mises en place dans le privé ne seraient pas plus efficaces, mais en plus l'entre- soi ne favoriserait pas particulièrement les élèves du privé.

 

Les études internationales menées par l'OCDE confirment ces postulats : "Après contrôle du milieu socio-économique des élèves et des établissements, les établissements privés ne l’emportent plus sur les établissements publics que dans 8 pays et économies, et les établissements publics l’emportent sur les établissements privés dans 12 pays et économies." Ce n'est donc pas une pédagogie différenciée, mais un écart de classe sociale qui explique les meilleurs résultats bruts obtenus par l'enseignement privé. En France, un élève sur six est scolarisé dans ces établissements : c'est un des montants les plus forts en Europe.

 

 

*Denis Fougère, directeur de recherche au CNRS ; Olivier Monso, chercheur à l'unité des méthodes et synthèses statistiques du laboratoire interdisciplinaire d'évaluation des politiques publiques (LIEPP) ; Audrey Rain, chercheuse au Centre de recherche en économie et statistique (CREST) ; Maxime Tô, économiste


L’appel de Montreuil ou l’inquiétude des professionnels de la culture

Nous, citoyennes et citoyens, habitants, artistes, professionnels des métiers du spectacle, des arts et de la culture, journalistes, historiens, enseignants, éducateurs, élus locaux, agents de la fonction publique territoriale et d’Etat, représentants de syndicats, d’organisations, d’associations, sommes aujourd’hui rassemblés pour réaffirmer que les arts, les patrimoines et la culture sont une cause nationale et citoyenne, et ne peuvent en conséquence être livrés à la seule marchandisation.

 

Nous sommes indéfectiblement attachés à une ambition collective qui doit avoir pour objet de placer la création artistique au cœur de notre projet de société, d’accompagner tous ceux qui favorisent la transmission, l’éducation, le partage et la rencontre avec l’art, d’affirmer la nécessité d’une diversité culturelle, esthétique et territoriale, légitimée par l’association des habitants à sa construction.

 

C’est pourquoi le service public des arts, des patrimoines et de la culture doit continuer à exister et se développer en France pour garantir la liberté de création, encourager la diversité des expressions artistiques et favoriser l'accès aux œuvres et aux patrimoines pour le plus grand nombre de nos concitoyens.

 

A ce titre, nous sommes déterminés à faire entendre au président de la République et à son gouvernement notre désaccord avec la philosophie qui anime la contribution du ministère de la Culture aux travaux du « Comité Action Publique 2022 », dont nous avons pu prendre connaissance.

 

Cette « contribution » constitue une rupture sans précédent avec l’idée même de politique publique des arts et de la culture développée depuis des dizaines d’années dans un consensus républicain acceptant l'idée que la culture n'est pas un bien comme les autres. Ce fut tout l’enjeu, à l’échelon des discussions internationales, de la bataille pour l’exception culturelle de faire en sorte que tous les pays puissent développer leurs politiques publiques, y compris en régulant le marché, à travers par exemple des politiques de soutien au cinéma.

 

Dans cette contribution Action Publique 2022 ne figure aucune vision, aucune ambition pour le rôle du Ministère, pour la place des arts, des patrimoines et de la culture dans notre société, autre que sa destruction. Seulement l'empreinte d'un projet de société cynique, uniquement guidé par une vision comptable et une recherche illusoire de rentabilité. Chaque mesure proposée dans ce document est d’ailleurs assortie d’attentes en termes de « gains financiers » et de réductions d’effectifs.

 

En matière de création artistique, moteur de toute politique culturelle, il s’agirait, dans une pure logique comptable, d’augmenter la diffusion au détriment de la création. En outre, il pourrait être dérogé au cadre légal qui fixe les missions d'intérêt général exercées par les structures labellisées (scènes nationales, centres dramatiques nationaux...), à la demande des collectivités territoriales ou « pour mieux répondre aux attentes du public »... En d’autres termes, la programmation des théâtres ou des centres d'art labellisés pourrait devoir s'adapter aux desiderata d'élus locaux ou céder aux demandes de tourneurs privés.

 

Quant à la préservation des archives, mission partagée par l’État et les collectivités territoriales, le projet invite à « limiter l’archivage aux seules archives essentielles » ! Qui donc décidera aujourd'hui, pour les futurs historiens, que certaines archives sont plus essentielles que d'autres ? De fait, la proposition de numériser des masses considérables de documents sous prétexte de faire des économies s'accompagnerait de leur destruction. Inepte et intolérable, celle-ci est une atteinte à l'exercice de la démocratie et la citoyenneté.

 

Logique de rentabilité encore pour les musées – services à compétence nationale – qui sont actuellement directement rattachés à l'administration centrale du Ministère. Le projet de fusion tous azimuts de ces musées, pour les inscrire dans une trajectoire mercantile, et qui serait censé répondre au désengagement de l’État, est totalement dépassé et archaïque. Nous portons l'idée que les musées doivent, plus que jamais, être placés au cœur de la vie de la Cité, comme lieu de partage des cultures, de transmission des connaissances et des savoirs et d'accès aux œuvres majeures de l'humanité. Ces musées permettent de faire société ; ils sont un don pour faire culture !

 

L’audiovisuel public évidemment n’est pas en reste. Le ministère propose, entre autres, l'arrêt pur et simple de France Ô, le regroupement de Radio France et France télévisions en un « holding », la fermeture des bureaux régionaux de France 3 et une « reconfiguration des orchestres de Radio France», pouvant aboutir à la suppression de l'un d'eux. Loin de ces viles propositions, nous portons l’ambition d’un service public de l’audiovisuel qui participe pleinement à l’amélioration de la qualité du débat public et renforce ainsi la démocratie.

 

Concernant l’administration centrale qui se doit d’être « stratège », elle se verrait pourtant dépouillée de ses missions, notamment en transférant aux « services déconcentrés et établissements publics la gestion des dispositifs d’intervention, d’animation ou de subvention », pour en faire une administration technocratique et hors-sol, avec des suppressions de postes à la clé, bien loin des besoins et des réalités ! Faut-il rappeler que l’administration centrale du Ministère assure la cohérence des politiques nationales, ce qui fait précisément la raison d’être du ministère. Demain, c’est exactement le contraire qui est prévu avec le projet de son éclatement façon puzzle, entraînant à sa suite toutes les inégalités de traitement et la fin des politiques publiques nationales. Il en serait fini d’un ministère garant d’un service public de la Culture pour toutes les populations sur l’ensemble du territoire.

 

Nous, citoyennes et citoyens, artistes, professionnels des métiers des arts, des patrimoines et de la culture, journalistes, historiens, élus, agents de la fonction publique territoriale et d’Etat, représentants de syndicats, d’organisations, d’associations, usagers, soutenons un projet de société progressiste et éclairé, où les arts, les patrimoines, la presse et la culture sont des éléments essentiels à l’émancipation individuelle et collective, à la liberté, à l’égalité, à la fraternité, et dont la vitalité contribue à l’épanouissement des populations et à la démocratie culturelle, comme au rayonnement politique et économique de la France.

 

Nous réaffirmons que le soutien à une création audacieuse, exigeante, novatrice, plurielle, favorisant l’émergence de nouveaux artistes, l’ouverture aux autres cultures, l’équité territoriale, le développement de la médiation culturelle pour un accès de toutes et tous à la culture sont les fondements d’une politique culturelle humaniste et progressiste.

 

Dans notre société déchirée par les inégalités de toutes sortes et les replis mortifères, nous sommes convaincus qu’une politique culturelle publique moderne doit être concertée dans un cadre démocratique et qu’elle doit se faire avec celles et ceux qui la font vivre.

 

C’est pourquoi, sans transiger sur les principes et les valeurs qui fondent les politiques culturelles publiques, dans l’objectif de les améliorer en les adaptant aux enjeux du monde contemporain et d’une modernité éclairée, nous décidons de nous réunir dans le cadre de Nouveaux Etats généraux afin d’élaborer ensemble un pacte national des arts, des patrimoines et de la culture.

 

Pour signer l'appel : https://www.mesopinions.com/petition/politique/appel-montreuil-arts-culture/38321

 


Ligue de l'Enseignement 65 : un constat alarmant

Dernièrement, la Ligue de l'enseignement 65 s'est réunie à Barbazan-Debat pour procéder à son assemblée d'automne dont le sujet était particulièrement intéressant et d'actualité, Le monde associatif est-il en danger ?

 

De nombreuses poins : les difficultés du monde associatif, vivre et éduquer dans la société actuelle sont de plus en plus difficiles… M. Trusses, président et animateur de la soirée, a souhaité la bienvenue à l'assemblée et a remercié M. Courtille pour sa présence.

 

Au cours de la rencontre, des constatations alarmantes ont été faites comme : la difficulté à trouver des dirigeants bénévoles, la baisse des financements et subventions publiques, poids des nombreux contrôles et contraintes imposés par les pouvoirs publics, baisse du nombre d'adhérents… Et pourtant, les associations loi 1901 sont une richesse pour le pays.

 

Communiqué

 

«La Ligue de l'enseignement, soucieuse du devenir de la vie associative, a organisé deux heures de débat intense où chacune des vingt-deux associations ou mouvements participants a exposé leurs difficultés actuelles. La grande diversité du paysage associatif a été saluée comme une occasion d'exercer une solidarité accrue dans les territoires. Si la coopération peut être encouragée, la fusion, lorsqu'elle est imposée pour des raisons financières, est souvent contre-productive. Si les activités s'avèrent souvent difficiles à organiser, c'est la perte de sens, la perte des objectifs annoncés qui est démobilisatrice.

 

La complexité administrative, la juridiction nouvelle des relations avec les collectivités, l'instrumentalisation parfois des pouvoirs publics, éloignent progressivement les bénévoles. Les associations souhaitent être considérées comme des partenaires plus que des prestataires de services. D'autant plus que la réforme territoriale éloigne encore plus des lieux de décision.

 

Les modes de vie se transforment sans cesse et la société actuelle, qui s'adresse plus aux consommateurs qu'à des citoyens en charge de l'intérêt général, ne plaide pas pour une participation aux affaires publiques. Pourtant, le bénévolat est la première richesse du monde associatif qui est créateur d'emplois (1,8 million), au même niveau que l'agriculture elle-même. En France, le poids économique des associations s'élève à 85 milliards (3,2 % de PIB).

 

Le monde associatif espère une meilleure prise en compte des pouvoirs publics.»

 

 

Marie-Françoise pour La Nouvelle République des Pyrénées (16/10/17)

 

La vie associative est-elle menacée ?
L’avenir du monde associatif était au cœur de l’assemblée d’automne organisée par la Ligue de l’enseignement des Hautes-Pyrénées, vendredi soir à Barbazan-Debat. Les associations accomplissent de nombreuses missions d’intérêt public, et leur poids au sein de l’économie nationale est important. Mais la baisse des subventions et la diminution du nombre d’emplois aidés constituent une menace pour leur avenir.
Les associations se sont réunies pour débattre de leur avenir.
« Les pouvoirs publics connaissent la richesse humaine que véhiculent les associations dans notre pays. Mais ils doivent prendre rapidement conscience des difficultés rencontrées par le monde associatif, avant qu’il ne soit trop tard ». René Trusses, président de la Ligue de l’enseignement des Hautes-Pyrénées, tire le signal d’alarme, en lançant l’assemblée d’automne de son association, vendredi soir à l’école maternelle Jacques Prévert de Barbazan-Debat. Au sein de l’assemblée, une vingtaine d’associations sont représentées. Elles couvrent des domaines aussi divers que la culture, le sport, l’action caritative, la santé, la défense des Droits de l’Homme, la démarche citoyenne, l’éducation, l’insertion économique ou l’animation locale. Le Collectif des associations citoyennes françaises défend d’ailleurs cette diversité du tissu associatif, « signe de solidarité accrue sur les territoires ». Après avoir détaillé les diverses formes d’engagement associatif dans les Hautes-Pyrénées, les participants évoquent longuement les difficultés rencontrées aujourd’hui par les associations. Premier constat : le poids des contraintes économiques quotidiennes constitue un obstacle à l’engagement pour de nombreuses personnes en activité. « La durée de résidence moyenne d’un urbain sur le même site est de 10 ans », souligne Jean-Marie. « Les actifs consacrent beaucoup de temps à se déplacer pour aller travailler. Le temps disponible pour le bénévolat s’amenuise ». Autre constat : les nouvelles formes de communication numérique conduisent parfois à l’individualisme. « Beaucoup de jeunes utilisent Snapchat ou Facebook comme moyen exclusif de communication, même dans les espaces publics », déplore Michel.
Mais la menace qui pèse le plus sur les associations est d’ordre financier. Dans une enquête menée par le CNRS, les trois obstacles principaux à la vie associative énoncés par les personnes interrogées sont les suivants : la difficulté à renouveler les cadres dirigeants pour animer les instances associatives, la baisse des subventions publiques et la baisse des financements publics sous toutes leurs formes. « Nous avons perdu six emplois aidés cette année, ce qui entraîne une surcharge de travail pour les huit animateurs encore en activité », confie Alice, coordinatrice dans une MJC des Hautes-Pyrénées. La disparition des services publics, notamment dans les zones rurales, est aussi pointée comme un obstacle à l’activité associative. « Dans un village comme Andrest, les horaires d’ouverture de la Poste risquent de diminuer. Les solidarités traditionnelles sont menacées », s’inquiète René Trusses. « Aujourd’hui, pour organiser une action locale dans une commune de 1600 habitants, il faut deux journées de porte à porte. L’envoi des mails ne peut résoudre cela, d’autant plus que tout le monde n’est pas équipé d’ordinateur ». Jean-Marie assure de son côté que « les associations ont pâti de l’injonction à rejoindre le secteur marchand, avec la politique du résultat ou le développement du mécénat d’entreprise. Les financements publics, qui ont chuté de 35% entre 2010 et 2017 pour les associations, leur permettaient auparavant d’échapper à ce type de contrainte ».
Face à ces difficultés, les responsables associatifs s’interrogent. « Est-ce que les associations sont adaptées au monde d’aujourd’hui ? », demande Marie-José. « Les jeunes sont souvent sensibles aux causes qui touchent les Droits de l’Homme, mais ils s’engagent d’une autre manière ». Un point de vue confirmé par Rosa. « Les jeunes s’investissent beaucoup dans l’organisation de festivals ou sur des projets ponctuels. Ils voyagent souvent, y compris à l’étranger, ce qui les ouvre à de nouvelles problématiques ». René Trusses cite plusieurs chiffres qui permettent d’évaluer le poids des associations dans l’économie de la France. « Selon l’INSEE, les 1,3 million d’associations pèsent 85 milliards d’euros, un montant proche de celui de l’agriculture. Elles emploient 1,8 million de personnes ».
Laurence, déléguée de la Ligue de l’Enseignement, annonce aux participants la création en janvier 2017 d’un Centre de Ressource et d’Information des associations (CRIB). Un pôle « junior » et un projet numérique sont aussi prévus par la Ligue pour accompagner les associations. Et Rosa Rogeot, animatrice de la Ligue de l’Enseignement des Hautes-Pyrénées, énumère les projets culturels soutenus par son association. Le théâtre, avec la Compagnie Les Tréteaux. « Lire et faire lire », pour donner le goût de la lecture. Le festival « Un conte en hiver ». Le groupe de danse traditionnelle. Et bien sûr, la formation.
En conclusion, René Trusses souligne que les échanges de cette soirée feront l’objet d’un Livre blanc.


Jean-François Courtille


Une Aventure collective en mouvement

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Emplois aidés : la Ligue de l'Enseignement mobilisée aux côtés du Mouvement associatif

Mercredi 6 septembre, en Conseil des ministres, le gouvernement a réaffirmé sa décision de limiter le nombre de contrats aidés à 310 000 en 2017 contre 460 000 en 2016, soit 150 000 de moins. Dans ce contexte, la Ligue de l’enseignement reste mobilisée aux côtés du Mouvement associatif pour exiger le maintien du nombre de contrats aidés en 2017 et 2018 et le lancement d’une concertation sur le sujet. Elle déplore en particulier la confusion faite par le gouvernement dans ce communiqué entre service civique et emplois aidés. La Ligue s’associe par ailleurs au CNEA pour demander au gouvernement de ne pas sacrifier les contrats aidés au profit d’un unique investissement sur la formation.
Pour faire entendre ses préoccupations, La Ligue de l’enseignement rencontrera dans les prochains jours, Jean-Marc Borello, Président du groupe SOS, qui s’est vu confier le 5 septembre 2017, une mission d’analyse de l’ensemble des dispositifs d’accès à l’emploi et de redéfinition des "modalités d’emploi, de formation, de qualification et d’insertion des publics les plus précaires dans le tissu économique".
Il s’agira de l’alerter en particulier sur les effets conjugués de la série de décisions budgétaires récentes ou à venir (gel des dotations aux collectivités locales et réforme de la taxe d’habitation, réduction budgétaire des crédits de la Politique de la Ville et de l’Egalité femmes-hommes, incertitude sur le devenir du fonds de soutien aux activités périscolaires, réduction de l’enveloppe des emplois aidés, réforme de l’ISF,…) sur la qualité et la quantité des services d’intérêt général rendus par les associations à la population. Les conclusions de la mission devront être rendues à la Ministre du travail, Muriel Penicaud, d’ici la fin de l’année.
René TRUSSES, Président

RAPPORT MORAL 2017

Que la Ligue nationale ait ressenti la nécessité de publier une nouvelle plaquette sur la LAÏCITÉ indique bien que la bataille des idées fait rage en ces temps bouleversés. Des socles de valeurs fondamentales, petit à petit, sont sapés sournoisement. Sans centre de gravité, beaucoup de gens flottent. Les principes fondateurs de la laïcité sont contournés, dévoyés. Soyons-en conscients. C’est tous les jours, dans le quotidien, qu’il faut faire face. Je pense que les choses vont encore s’accélérer.

 

Vous le savez, la Ligue de l’Enseignement 65 participe au débat, mais il faut mieux faire, et tous ensemble, siège fédéral, associations, partenaires, amis. Chaque mois nous diffusons une lettre sur les sujets d’actualités, les réalisations associatives et les chantiers à entreprendre. Le film « La fabrique du citoyen » a été diffusé au cinéma de Vic-Bigorre. Cela n’est pas suffisant ; d’autres associations doivent le programmer. Deux débats ont  été organisés : l’un sur les « crimes industriels » avec Maître TEISSONNIERE, un autre sur « l’égalité hommes-femmes ». C’est le rôle et la fonction de notre Fédération.

 

Le monde laïque s’est quelque peu dispersé. Rappelons ici l’existence historique du C.D.A.L.  le Comité départemental d’Action laïque qui regroupait les Mouvements laïques , les syndicats ouvriers et enseignants, les partis de gauche, la F.C.P.E. créée par la Ligue et le Syndicat des Instituteurs. Rappelons que le premier président LE GOF était un syndicaliste de la C.G.T. et l’un des organisateurs de la Résistance dans les H-P. Je propose que nous travaillions, nous tous acteurs de l'émancipation, à nous regrouper autour d'actions à définir ensemble.

 

La démocratie politique doit être couplée à la démocratie sociale pour améliorer le droit des travailleurs en matière de libertés publiques et droits syndicaux, le droit aux retraites, le droit à gérer les entreprises et les assurances sociales.

 

Les besoins sur le plan social, économique, culturel, sportif sont énormes et notre jeunesse très mal en point. Notre école républicaine n’est plus émancipatrice. Et l’enseignement catholique demande que soit revu le contrat d’association entre l’Etat et l’enseignement confessionnel  et exige davantage de moyens et toujours moins de contrôle et de contraintes.

 

Il faut nous attendre à des années difficiles pendant lesquelles nous rappellerons que la vertu est l’âme de la démocratie et que l’action volontaire et militante pour l’Intérêt général apporte une autre dimension que les conflits d’intérêts qui rompent le pacte républicain.

 

Une bonne part de la population est en souffrance. Ne l’oublions pas.

 

« Je suis de ceux qui pensent et affirment, écrivait Victor Hugo, qu’on peut détruire la misère….Les législateurs, les gouvernants doivent y songer sans cesse ; tant que le possible n’est pas fait, le devoir n’est pas rempli ».

 

Nous avons un peu oublié que l’Education populaire a l’ambition de faire partager le patrimoine mais aussi les richesses. C’est en cela une volonté des plus nobles et des plus exaltantes. Il est reconnu que la France a relativement résisté à la dite crise en raison de l’organisation des Services Publics, ces Services Publics, patrimoine de ceux qui n’en ont pas d’autre. Défendons d’arrache pieds ces S.P.

 

Allons encore plus loin pour dire, modestement, mais sûrement, que nos activités ont comme objectif le plein épanouissement de chacun. Et que nous nous préoccupons surtout de bonheur. Mais les freins sont nombreux. Je citerai, pour finir, Georges BERNANOS :

 

« On ne comprend rien à la civilisation moderne si l’on n’admet pas d’abord qu’elle est une conspiration universelle contre toute vie intérieure ».

 

Et la vie intérieure des êtres, même et surtout si cette richesse n’est pas cotée en bourse, est essentielle et beaucoup plus déterminante pour la société que l’argent aléatoire des mécènes. Nous, pour faire société, nous misons résolument sur l’énergie joyeuse, sur la joie profonde de faire œuvre collective.

 

                                                                                  René TRUSSES, président

 


Spéciale 70 ans

Ce pas de plus

Le 8 mars 1946, la Fédération des Œuvres Laïques des Hautes-Pyrénées était créée. Ses fondateurs à la sortie d’une guerre atroce s’inscrivaient volontairement dans un projet de reconstruction du pays. Dans ce projet, ils étaient bien conscients qu’après des années de barbarie, il était nécessaire de développer, avec les mesures sociales et économiques, l’Éducation, le sport, la culture, les bases d’une citoyenneté active et critique. Il faut souligner qu’ici, dans notre département, le monde ouvrier a contribué d’une manière décisive à créer notre Fédération. Il faut dire aussi que l’Éducation populaire trouvait enfin une légitimité auprès de l’État.

 

La mission qui lui était confiée : « Compléter en matière d’éducation l’action des divers ordres d’enseignement en favorisant, coordonnant et contrôlant l’activité des œuvres péri- scolaires, des mouvements et institutions de jeunes et, plus généralement, de toutes entreprises propres à promouvoir, dans la nation,  la pensée, la culture et la conscience (1) ». Fin de citation. Merveilleux programme. On comprend que surgissait l’idée que l’Éducation ne se limitait plus à l’École et que se posaient les perspectives d’éducation, de formation dans tous les lieux de vie et pour tous les âges. Voilà pour les fondations. Voilà notre héritage et aussi notre patrimoine. Encore que ce mot patrimoine n’est pas tout à fait approprié ici puisqu’ il signifie « l’Héritage du père ». Et justement nous refusons toute tutelle parce que notre Mouvement est centré sur l’émancipation pour arriver à penser par soi-même, pour bénéficier d’une liberté de conscience, pour nous libérer des  tutelles paralysantes, pour vivre un monde où l’Homme est à la mesure de l’Homme » comme l’affirmait Protagoras, déjà,  sous l’Antiquité.

 

On peut dire sans forfanterie de toutes des générations  qui se sont succédé à la F.O.L. qu’elles ont construit la maison autant que la maison les a construites. Ainsi, s’est mis en place tout un patrimoine immatériel dont la pratique de la laïcité a toujours été  la clé de voûte. Parce que la laïcité a une valeur essentielle, et qu’elle survit parce que, justement, elle est opérationnelle dans la  vie institutionnelle, dans la vie de chacun, dans la vie de tous, et dans la construction collective. Parce que cette valeur est motrice pour travailler à l’Intérêt Général, dans le respect de chacun.

 

Je veux relever quelques anecdotes assez significatives de notre démarche. Quelques choses vécues, vues ou entendues, en somme.

 

Quand Robert, par exemple, dans les années 1955, sillonnait les rues de Tarbes à bicyclette et traînant une remorque chargée de livres destinés aux écoles, il préfigurait magnifiquement les futurs bibliobus. Quand Henri traçait des terrains de fortune pour des enfants, il décrochait le sport à l’école de l’esprit militaire qu’on voulait toujours lui affecter. Quand Félix parcourait le département avec un projecteur 16 mm dans sa voiture personnelle, il préfigurait aussi la grande aventure des ciné-clubs. La FOL a été jusqu’à compter 67 ciné-clubs dans le département. Au-delà de Robert, Henri, Félix, je veux rendre hommage à tous ceux qui ont œuvré,  à tous ceux qui œuvrent,  pour une société laïque et qu’il faut, je crois,  élever au rang des bâtisseurs.

 

Un élu départemental nous dit à la fin d’une séance mémorable, c’était en 1979 : « En somme, si on vous comprend bien à la F.O.L., vous préférez apprendre à planter des pommes de terre que de fournir des frites. Cet élu, traduisait, en fait, un  principe de l’Éducation populaire : celui qui consiste à ne pas apporter des outils aux populations mais à aiguiser les outils dont elles sont d’ores et déjà dotées plus qu’on ne croit.

 

C’est en 1980, nous avons convié sept conseillers généraux et l’Inspecteur d’Académie dans un centre de vacances à Taussat, sur le bassin d’Arcachon ;  nous voulions y organiser des classes de découvertes. Un des conseillers, sortant du chenal, pantalons retroussés et  jambes ruisselantes avait clamé son enthousiasme : « Messieurs, moi, je suis pour l’aide du Conseil Général ! ». Il a sans doute été efficace puisque ses collègues ont été persuadés du bien fondé de notre initiative. Pour la première fois, dans ce département, les classes de découverte étaient possibles.

 

Quand Serge qui fut président de la F.O.L .répondait à un  sceptique que les « Œuvres », ce n’était pas un mot passéiste, mais qu’il fallait entendre que nous étions des « oeuvriers » ; il rejoignait encore  J. Macé qui disait de nous que nous étions des « camionneurs d’idées ».

 

Hélias, le célèbre conteur pendant un Mai du Livre 1980 : « Vous êtes fatigués, mais vous tenez l’élixir de vie ». Un autre intervenant, on ne va pas le nommer : « Vous êtes étonnants, vous, à la fol. Même fatigués, vous travaillez ! »

 

Une autorité départementale pensait en 1971 qu’on pouvait interdire une pièce pour le Jeune public en raison d’une réplique : « Le roi doit obéir au peuple » ; il lui a été objecté que quand un roi doit obéir au peuple, on est dans le cadre d’une monarchie constitutionnelle. Cette autorité devait donc déclarer, en toute logique, qu’elle était pour une monarchie  tout court. La pièce a tout de même connu une belle carrière.

 

Une  auditrice faisait signer un livre au grand poète Eugène Guillevic, au Marcadieu ; elle dit à l’oreille du poète : « C’est dommage qu’il y ait si peu de monde. Réponse de Guillevic : J’ai compté, il y avait 90 personnes. La semaine dernière, j’étais à Beaubourg, ils étaient moins de trente, Madame.

 

L’an dernier, l’écrivain Laurent Mauvignier, après deux heures d’interview en public,  nous écrit : « Il souffle du côté de Tarbes  un petit air de résistance et- de liberté.

 

Quand le personnel de la Municipalité de Tarbes a livré les nouvelles poubelles, nous n’étions pas là. Le personnel municipal a alors écrit sur les étiquettes, non pas FOL, mais « la maison du Livre ». Ce personnel ne savait pourtant pas qu’à la création de la Ligue, Jean  Macé  avait créé les premières bibliothèques populaires et qu’il avait construit une collaboration fructueuse avec Jules Verne et l’éditeur Hetzel. Il ne savait pas plus que la FOL en 1981 avait déposé un  projet de Maison du Livre à Tarbes avec, adjointe, une unité de traduction. Nous avions remarqué que beaucoup de plaquettes imprimées par des industriels locaux étaient rédigées en anglais, en allemand mais, hélas, pas en français. Le projet approuvé par la ville de Tarbes et le Conseil Général n’a pas, hélas,  trouvé de soutien dans les autres institutions.

 

C’est au Mai du Livre, au Marcadieu, Mamadou Diallo, conteur africain  raconte devant 200 personnes. C’est la joie communicative, une fusion incroyable entre l’artiste et le public. A la fin du spectacle, dans les coulisses, il me soulève de terre et me dit : « Mort à l’ignorance ! ».  Il nous faisait comprendre que la grande joie, c’est d’être présent à plus grand que soi.

 

Nous avions organisé, dans un collège, une rencontre d’une classe de sixième avec l’écrivain Pierre Gamarra. Un enfant lui dit : Vous êtes écrivain ? Ca alors ! Moi, je croyais  qu’un écrivain était toujours mort. Et vous écrivez des livres entiers ? Moi je croyais que vous n’écriviez que des dictées.

 

Un autre enfant, dans la cour d’un collège encore,  aperçoit l’écrivain Claude Cristol, un homme de grande stature, barbe grise et chevelure abondante et blanche. Il fonce sur lui, index tendu : C’est toi Victor Hugo ? Cristol, joueur : -  Oui ! - J’en étais sûr, je t’ai reconnu. Salut !

 

I986 fut une année faste.   Septembre, un écrivain F. Sautereau a voulu participer au stage de construction du Mai du Livre.  Nous construisons le  thème « Voyage au pays du réel ».L’écrivain  nous dit tout de go : « je veux écrire un  roman sur ce thème ». Novembre, nous recevons le manuscrit que nous envoyons à un éditeur pour la jeunesse. Manuscrit accepté et sortie promise pour le Mai. Entre temps, un cinéaste Jacky Elkine,  découvre ce manuscrit et propose de réaliser un  film « Valentine du bout du monde ». Les comédiens de la Cie des Tréteaux sont mobilisés. Le film sort en Mai.

 

Jean-François Clervois le premier spationaute français était notre invité. Il  nous avait dit : «  Bientôt, je vais m’élever dans le cosmos, mais je m’élève tous les jours… en lisant ».

 

J’ai vu une enfant de 10 ans à qui l’on a confié le  rôle d’arbitre au cours d’une rencontre USEP ; quel sérieux ! J’interroge sur cet arbitrage plusieurs jeunes joueurs à l’issue du match: « Elle est sévère, mais juste ».

 

J’ai vu dernièrement à Soues lors d’un cross de la solidarité, quatre gamins souriants franchir la ligne d’arrivée, main dans la main.

 

Il y a  à peine quelques semaines quand, après la magnifique pièce donnée au Pari dans le cadre d’une résidence, vous voyez cinq lycéens se précipiter sur les comédiens pour les assaillir de questions sur l’assassinat du poète  Lorca, vous avez du baume au cœur et, ce soir là, vous ne rentrez pas chez vous, les épaules basses.

 

Toutes ces rencontres nous ont enrichis. Et vous le voyez, nous vivons au quotidien une laïcité en acte, en marche, et nous interrogeons tous les jours les moyens de la faire vivre. Car la laïcité est une création continue qui suppose un effort important d’approfondissement dans toutes les activités humaines puisqu’elle a un caractère transversal. Dans son discours à la jeunesse Jaurès disait : « Le courage, c’est d’aller à l’idéal et de comprendre le réel ». Ce courage peut nous permettre de mesurer que le monde est sensible, que nous devons y être reliés par ces liens qui doivent être ceux de l’humanité. Penser le monde d’une manière sensible, concrète et touchante, matérielle et spirituelle. La spiritualité ici n’est pas forcément réductible à la religion. N’est-ce pas cette recherche d’une vie intérieure engagée pour donner un sens à la vie, à sa vie ? N’est-ce pas cette vie intérieure par laquelle on se découvre unique et humain ; par laquelle nous sommes présents au monde et par laquelle nous goûtons la saveur d’être ? Pensons à la jeunesse, aidons-la à ne pas s’abîmer, aidons-la à ne pas s’abandonner à la dépendance, aidons-la à éviter de se livrer sous emprise à des rêves de carton- pâte.

 

L’Éducation populaire peut permettre à tous de faire ce pas de plus, peut permettre à tous de faire un effort de conscience, pour mieux partager la vie, pour mieux faire société.

 

         (1)   Benigno Cacérés

 

                                                                                                             René  TRUSSES, Président de la Ligue de l’Enseignement des Hautes-Pyrénées

 


Intervention de Jean-Michel DUCOMTE, Président de la Ligue Nationale

Comme vient de le rappeler René Trusses, la Ligue de l’Enseignement a fêté ses 150 ans en même temps que la Fédération des Hautes Pyrénées soufflait ses 70 bougies, légitimement fière de sa contribution à l’affirmation d’une citoyenneté construite par l’éducation populaire et la culture au contact et en relation avec une forte tradition ouvrière.

 

La ville de Tarbes et le département des Hautes-Pyrénées doivent beaucoup à la constance de cette mobilisation, marquée par des temps forts comme le Mai du Livre.

 

Les liens entre la Ligue de l’Enseignement et les Hautes-Pyrénées sont d’ailleurs un peu plus anciens que ceux établis consécutivement à la création, le 8 mai 1946, de la Fédération des Œuvres Laïques des Hautes Pyrénées.

 

Lors du Congrès constitutif de la Ligue de l’Enseignement, en 1881, la Bibliothèque populaire cantonale de Tarbes et la Ville de Tarbes comptaient parmi les adhérents de la Ligue. Un habitant de Bagnères de Bigorre, Pauly, avait recueilli des souscriptions afin de faire venir des conférenciers de la Ligue. En 1900, Boué, professeur à Tarbes et conseiller d’arrondissement de Bagnères, Cénac, Maire d’Argelès et conseiller général, Lacaze, avocat à Lourdes et Tzlerne, étaient adhérents individuels de la Ligue.

 

Notre compagnonnage est donc plus ancien encore que celui que vous revendiquez, l’esprit de l’éducation populaire coulait dans vos veines aux temps anciens des commencements.

 

J’ai coutume de dire, parce que je le pense fortement, que la Ligue de l’Enseignement ne serait rien sans le concours de ses fédérations départementales. Ici, cette conviction prend la forme d’une évidence.

 

Mais, que cela vous rassure ou vous inquiète, je pense que le temps n’est pas venu de nous reposer. Si nous devons nous garder, comme nous y invitait Jean Macé, de revendiquer le droit de faire les élections, nous ne devons jamais renoncer à faire des électeurs.

 

Rien ne serait pire que de considérer que l’essentiel est désormais acquis. La confiance dans les règles démocratiques n’est pas une évidence qui s’imposerait par nature, elle se construit et elle s’entretient. Tout comme la légitimité de pouvoir issus du vote ne peut se perpétuer qu’au travers d’un souci de vérité dans les promesses formulées et dans leur mise en œuvre, la pertinence du modèle démocratique impose l’organisation d’un dialogue construit entre les représentants et les représentés. Tout cela n’est possible, comme le disait au XIXe siècle les fondateurs de la Ligue de l’Enseignement, que si l’on accepte de se donner les moyens « d’enseigner le peuple », de lui donner les clefs de compréhension du monde qui l’entoure, de le rendre acteur des évolutions qui s’y jouent, de lui donner en partage la responsabilité de maîtriser les défis qui le rendent incertain et dangereux.

 

Et force est de constater que les incertitudes et les périls n’ont jamais, autant qu’aujourd’hui, menacé la solidité du tissus social, que jamais la figurabilité de l’avenir n’est apparu si incertaine. L’humanité n’a jamais été aussi fermement interpellée sur son aptitude à rendre compte du destin qu’elle se construit, écartelée entre le souci de redonner aux générations futures le monde qu’elle leur a emprunté et la volonté, ici et maintenant, de doter la condition humaine d’une plus grande égalité, d’une plus grande fraternité.

 

Dans un livre paru en 2007, Marilia Amorim (raconter, démontrer…. survivre), professeur brésilienne de psychologie sociale, avançait l’hypothèse inquiétante selon laquelle, après avoir cherché à raconter le monde, puis, avec l’invention de la Modernité, avoir tenté de le comprendre, au travers d’un savoir narratif articulé autour d’un discours de origines, puis d’un savoir démonstratif attaché à élucider l’avenir, nous serions entré dans un monde dominé par un savoir pratique, celui que les grecs incarnaient dans la déesse Mètis. Il s’agit d’un savoir de survie, d’adaptation, utile à la résolution des défis de l’instant, sans mémoire et sans projet, dans lequel le rapport à l’autre est fait de défiance ou de complicité immédiate. Un savoir qui valorise, jusqu’à l’extrême, un individualisme, sans autre projet que la satisfaction égoïste de ses envies ou l’exorcisme de ses peurs.

 

Rien ne serait pire que de sacrifier à l’air du temps, rien ne serait plus dangereux que de considérer comme acquise l’impossibilité de donner figurabilité à l’avenir dans le cadre d’un projet collectivement et lucidement débattu, rien ne serait plus désespérant que de faire écho aux discours de ceux qui invitent à l’assoupissement civique en promettant de s’occuper de nous. En démocratie la confiance ne se proclame pas ni n’est acquise par principe, elle se construit.

 

Mais la société, le monde, les cadres au sein desquels se construit le débat politique ont changé  En quelques années, un quart de siècle tout au plus, les confortables repères qui structuraient les oppositions politiques ont perdu, sinon leur pertinence, du moins de leur précision. La communauté des citoyens, égaux en droit, l’alternative commode entre ceux qui croient aux vertus de l’ordre et ceux qui défendent le progrès, ne dissimulent plus les profondes divisions qui traversent la société française que l’on perçoit, fracturée en trois morceaux : une élite oligarchique peu nombreuse, égoïste, rapace, jamais repue ; une forte minorité d’exclus marginalisés, désespérée et parfois tentée par le recours à la violence et par des votes rageurs en faveur du pire; au milieu, une classe intermédiaire, diverse, dont les membres sont insérés dans la société et tentent de participer à son fonctionnement quotidien. Même si le constat est, à certains égards, rapide et réducteur et si d’autres oppositions, d’autres stratégies d’adaptation, de fuite ou de refus pourraient être identifiées, il dit assez bien l’illusion des discours politiques trop généraux qui ne concernent pas les premiers, transforment les seconds en simple collection de problèmes à résoudre, soit par la relégation soit par la sanction, et tentent maladroitement de dire aux derniers ce qu’ils souhaitent entendre. Tous les citoyens ont à dire, les exclus ou ceux qui se ressentent tels plus peut-être que tous les autres. C’est par leur aptitude à formuler leurs attentes, par leur capacité à le traduire en votes qu’ils se mettront en mesure d’entreprendre le long chemin en direction d’une citoyenneté de plein exercice.

 

Cette réalité sociale qui nous interpelle ne s’est pas construite seule. Le délitement des solidarités trouve explication dans les politiques urbaines ou du logement qu’il ne suffit plus de simplement dénoncer pour se rassurer ou de traiter sur un mode sécuritaire pour donner l’illusion que le mal est contenu. Ce qui importe c’est une exigence, non pas de sécurité comme certains l’affirment trop aisément, mais de sûreté ainsi que l’entendaient les constituants de 1793, c’est à dire  de «protection accordée par la société à la conservation de sa personne, de ses droits et de ses propriétés ».

 

Mais, pour cela et avant toute chose, il est devenu urgent de rétablir les liens de confiance entre les citoyens et leurs représentants sans lesquels il n’y a pas de représentation démocratique possible. Ce n’est pas aux gouvernants d’essayer de se représenter ce que souhaite l’opinion publique au travers d’une démocratie devenue sondagière, c’est au peuple de construire sa conviction et de faire le choix de ses représentants à l’aune de ses attentes.

 

Jamais l’exigence d’une éducation populaire attachée à construction d’une sociabilité tolérante, au travers d’un partage des savoirs, ne s’est imposée avec une telle force. Jamais, non plus la nécessité d’affranchir le regard que nous portons sur le monde de la crispation que crée un attachement identitaire corseté dans ses certitudes n’est apparue aussi nécessaire. Seule une démarche laïque, respectueuse des singularités, mais attachée à les soumettre à débat permanent, est de nature à ouvrir les voies d’une reconstruction.

 

Elle ne peut être conduite qu’au sein d’une société civile organisée, à la respiration rendue plus libre par l’implication militante que permet un tissus associatif animateur de cette multitude de curiosités individuelles croisées qui pressentent confusément que notre relation au monde ne peut se concevoir en dehors de la relation que nous devons construire avec les autres.

 

C’est de cette conviction qu’est née la Ligue de l’Enseignement il y a 150 ans, c’est à cette tâche que n’a cessé de s’employer la multitude d’associations locales qui la constituent. Pour elles la démocratie participative, dont les vertus semblent être redécouvertes, est moins une injonction qu’une manière d’être, moins une commodité de langage qu’une pratique assumée.

 

Nous devons, en abandonnant le regard un peu myope que nous avons tendance à porter sur nos conditions d’existence, être en mesure de construire un avenir qui ne sera peut-être pas notre, mais dont l’architecture ne peut se concevoir sans l’intégration d’une solide responsabilité à l’égard des générations futures. Nous devons en permanence affirmer que l’avenir ne peut s’envisager hors de la capacité que nous conservons d’en infléchir le cours. Une vision humaniste, comme celle que n’a cessé de promouvoir la Ligue de l’Enseignement, intègre une part essentielle de volontarisme politique. Sauf à renoncer à peser sur notre destin, nous ne pouvons nous satisfaire de la référence, commode mais trompeuse et pleine de danger, à une main invisible qui, au travers d’une mise en cohérence spontanée des égoïsmes individuels, donnerait naissance à l’intérêt général. L’homme libre est un être de volonté qui se met en mesure de discerner les aliénations et de les combattre, qui sait que les dominations s’alimentent du renoncement de ceux qui en sont les victimes.

 

Etre homme c’est aussi, particulièrement aujourd’hui, savoir dire non, savoir résister, conserver la capacité permanente de discerner l’inacceptable et ne point s’y soumettre. C’est poser sur l’autre ce regard plein de générosité qui parvient à construire de la fraternité à partir de l’acception, tout à la fois jumelle et contradictoire, de la ressemblance construite sur l’égalité en droit et dignité, et sur l’irréductible singularité qui plonge ses racines dans une identité assumée. L’identité n’est jamais scandaleuse à condition d’être éclairée par la fraternité.

 

Aussi, comme nous y invite  Albert Memmi, il importe de considérer notre « identité avec attendrissement et  celle des autres avec amitié... Cela ne vous empêche pas d’être solidaire de vos proches, surtout s’ils sont malheureux, ni de vous réjouir avec eux de ce qui vous est commun». Plus, en apparence, la diversité est grande, plus la commune appartenance à l’humaine condition est évidente et rapproche les hommes en faisant de l’Autre où qu’il soit, d’où qu’il vienne, riche de ses espoirs ou accablé par ses soucis un objet prioritaire d’attention, un champ privilégié d’exercice de la sollicitude.

 


Lettre n°9 - Décembre 2016

Ce fameux 9 décembre 1905
 

Le principe de laïcité est bien aujourd’hui instrumentalisé à des fins quelque peu inquiétantes : certains veulent en faire un camp de tranchement pour préserver une identité restreinte ; d’autres en font un mauvais levier pour organiser une croisade attardée contre les musulmans. Et on voudrait l’affubler de qualificatifs destructeurs : positive, restrictive, quand on la souhaiterait à double face.
Pourtant, la loi de séparation de l’Etat et des Eglises votée le 9 décembre 1905 est une loi de LIBERTE. La laïcité, cela veut essentiellement dire que les religions n’interviennent pas dans la vie publique et que l’Etat n’intervient pas dans les affaires des religions.
Rappelons aussi que l’article 1 reconnaît et protège la liberté de conscience.
Et le principe de laïcité, principe constitutionnel, est tout d’abord un concept d’émancipation. Il est aussi un principe d’organisation de la société  qui permet de construire le plus grand dénominateur pour vivre ensemble. La laïcité ne divise pas, elle, mais elle rassemble.
Elle permet de distinguer l’universel – ce qui est commun à tous –, du singulier – ce qui distingue chacun des autres. La laïcité favorise la connaissance, la reconnaissance et l’acceptation des différentes cultures, des convictions et des opinions, en initiant des rencontres et des débats.
Il nous faut nécessairement élargir le principe de laïcité à ce qui menace notre droit à penser par nous-mêmes. « Dans les démocraties actuelles, de plus en plus de citoyens libres se sentent englués, poissés par une sorte de visqueuse doctrine qui, insensiblement, enveloppe tout raisonnement rebelle, l’inhibe, le trouble, le paralyse et finit par l’étouffer. Cette doctrine, c’est la pensée unique, la seule autorisée par une invisible et omniprésente police de l’opinion » (I. RAMONET Le Monde diplomatique).

                                                                                                          René TRUSSES, président

 

 

 

Coup de chapeau à... la Compagnie
   Label Étoile pour la création 
        "Une nuit de Grenade"

 

Cette Compagnie, en résidence au Pari a crée ce spectacle vu, notamment, par 360 lycéens avec la Ligue de l'Enseignement 65.

UNE NUIT DE GRENADE
ou la guerre civile dans les consciences

La Cie Label Etoile nous avait déjà offert un beau spectacle qui opposait Olympe de Gouge à Robespierre, crée cette fois « Une nuit à Grenade ». Encore une fois, tous les faits présentés ne sont pas forcément imaginaires ; ici, François-Henri SOULIE, l’auteur,  se fonde sur des faits historiques qui agissent sur des personnages qui se sont réellement rencontrés. C’est alors seulement que la  réalité prend ses sources dans l’imaginaire de l’auteur.
Juillet 1936, le grand musicien Manuel de FALLA (François CLAVIER) pénètre dans le bureau du Gouverneur Civil José VALDES-GUZMAN (Mathias MARECHAL). Il est bouleversé par l’arrestation du poète Federico GARCIA LORCA, son ami et complice artistique. Avec un entêtement patient, il veut connaître les motifs de l’incarcération. Un long affrontement va s’ensuivre et le Gouverneur prend un malin plaisir à provoquer le réquisitoire du visiteur. Peut-être s’éprouve-t-il lui-même dans cette tourmente engendrée par le franquisme à l’implacable barbarie. De FALLA, lui, le chrétien, lui, le conservateur plaide pour la liberté, pour la justice, la liberté de l’art, pour un réel humanisme. En vain, car nous assistons à une véritable tragédie ; la fin est écrite par avance, le poète sera exécuté, mais notre grand musicien ne veut y croire. Le jeune phalangiste lui-même (Mathieu BOULET), le souffre-douleur du Gouverneur, se révolte intérieurement. C’est dire l’épaisseur des personnages chargés de contradictions ; elle fait la richesse de ce théâtre servi par de remarquables comédiens et, avec une belle humilité, avec précision, par la dramaturgie et la mise en scène (Jean-Claude FALET) qui mise efficacement sur le mécanisme d’une  horlogerie infernale.
Le décor, un bureau sous une toile démontable, les meubles pliants, indiquent fort bien que cette guerre civile est hélas exportable dans l’espace et dans le temps. Des répliques entières pointent la réalité d’aujourd’hui. Et l’on ne peut que frémir lorsqu’il est question de célébrer la mort ou l’ignorance, par exemple.
 L’adhésion de centaines lycéens à ce spectacle est plus que rassurante.

                                                                                              René TRUSSES Ligue de l’Enseignement 65

 

 

 

 

Pétition "Pour le respect de la Laïcité"

A l’occasion du 9 décembre 2016, jour anniversaire de la promulgation de la loi de 1905 de Séparation des Eglises et de l’Etat

Pour le respect de la laïcité

C’est peu de dire que la laïcité va mal : malmenée, manipulée, vilipendée, on n’ose plus s’affirmer laïque par peur des amalgames et des contresens. Principe de paix, elle serait devenue sujet de discorde. Principe d’unité par-delà les différences, on lui assigne des fins identitaires.

L’extrême-droite, de tradition pourtant anti-laïque depuis toujours, veut s’approprier le mot pour mieux distiller son venin xénophobe. Hier les juifs, les arabes, aujourd’hui les musulmans. On ne peut se réclamer de la laïcité, quand on condamne les prières de rue, quand elles se font aux abords des mosquées, mais qu’on les soutient quand il s’agit de l’église Sainte Rita. On n’est pas laïque, quand on se fait le porte-parole des discours les plus réactionnaires du Vatican en appelant à la suppression du Planning familial.

Non, l’Islam ne serait pas par nature plus hermétique aujourd’hui à la laïcité que ne l’était le culte catholique en 1905. La laïcité n’a pas à s’adapter à une religion, de même qu’aucun croyant ne peut réclamer de droits particuliers. La République est séparée des religions, elle n’a pas à organiser les cultes.